Violations de droits de l'homme par l'Etat tchadien sous le régime
de Hissène Habré
Analyse statistique de la responsabilité de Hissène Habré en tant
que supérieur hiérarchique et preuves de violations de droits de
l'homme au Tchad, 1982-1990
Quels sont les principaux résultats de ce
rapport?
Le rapport analyse une collection de documents internes
de la Direction de la Documentation et de la Sécurité
(DDS), forces de l’ordre qui entretenaient de nombreuses prisons
durant le régime de Hissène Habré, le président
du Tchad de 1982-1990.
Sur la base de ces documents le rapport conclut à
trois résultats principaux :
- Des violations de droits de l’homme à grande échelle
ont été commises au sein des prisons entretenues
par la DDS.
- Autant le Président Habré que le directeur de
la DDS étaient au courant des opérations conduites
par la DDS.
- Il existait une relation de supérieur-subordonné
entre le Président Habré et la direction de la DDS.
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Quelles violations de droits de l'homme commises
dans les prisons de la DDS ont été prouvées?
L'analyse des rapports de la DDS, y compris des comptes-rendus
et des actes de décès, révèle que le taux de mortalité dans les
prisons de la DDS variait de 30 pour 1000 à 87 pour 1000 prisonniers.
Ce taux est considérablement élevé par rapport au taux de mortalité
général au Tchad dans les années 1970 et 1990 - ce dernier se situant
à moins de 25 pour 1000. Le taux de mortalité brut pour l'ensemble
du Tchad était d'ailleurs principalement lié à une mortalité infantile
élevée.
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Quelle preuve il y a t-il que Habré et la direction
de la DDS étaient responsables pour ces violations de droits de
l'homme?
Le Président Habré et la direction de la DDS étaient
bien informés des activités de la DDS. Ils recevaient des communications
régulières de la part de la DDS, y compris des détails de décès
ou d'actes de torture dans les prisons. Habré a reçu au moins 1.265
communications directes qui concernaient environ 898 détenus de
la DDS. L'analyse démontre que la communication entre l'ancien Président
et la DDS était plus directe qu'elle ne l'est entre un Président
et ses ministères habituels. Ceci suggère que la DDS était placée
sous la surveillance directe de Habré. De plus, l'ancien Président
Habré et le directeur de la DDS avaient l'autorité sur les promotions
et les transferts au sein de la direction de la DDS.
Le rapport conclu que les documents de la DDS qui ont
été redécouverts comportent des preuves qui correspondent avec des
hypothèses préalables selon lesquelles la politique et les pratiques
du régime Habré, y compris la direction de la DDS nommée par ce
dernier, sont a l'origine d'un taux de mortalité carcérale considérablement
élevé par rapport au taux de mortalité d'adultes au Tchad a cette
époque.
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D'où proviennent les documents internes de la
DDS?
Les documents de la DDS étaient stockés dans les lieux
abandonnés du quartier général de la DDS à N'Djama et ont été découverts
par chance par Human Rights Watch en 2001.
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Pourquoi HRDAG publie le rapport maintenant?
HRDAG publie se rapport a ce jour pour marquer le 10ème
anniversaire de la première saisie d'un tribunal Belge de l'affaire
Hissène Habré. Il avait été accusé pour crimes contre l'humanité.
Habré est en effet suspecté d'avoir supervisé l'homicide à grande
échelle de ceux qui l'opposaient et d'avoir procédé à une épuration
ethnique de groupes rivaux durant sa présidence. Il reste en exile
à Dakar au Sénégal et il a fait l'objet de nombreux efforts de Human
Rights Watch et une coalition d'autres groupes de droits de l'homme
de le déférer en justice pour la commission présumée de crimes contre
l'humanité pendant son règne présidentiel sur le Tchad durant 8
ans.
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En quelle mesure l'analyse comprise dans le rapport
contribue t-elle a l'affaire judiciaire Hissène Habré?
L'analyse se fonde avant tout sur des documents émis
par la DDS elle-même et retrouvés par un groupe de chercheurs de
Human Rights Watch en 2001 au quartier général abandonné de la DDS.
Nos conclusions sont donc basées sur des milliers de documents que
la DDS a produits en mesure de faciliter ses opérations carcérales.
Les documents ont aussi fourni un bon aperçu sur des opérations
secrètes de police menées par le directeur de la DDS et son supérieur
direct Hissène Habré.
L'analyse menée par HRDAG complète aussi bien des conclusions
préalables faites par des historiens experts que les témoignages
de victimes qui ont été collectés par un certain nombre d'organisations
de droits de l'homme locaux et internationaux. L'analyse quantitative
menée par HRDAG ainsi que ses visualisations graphiques fournissent
un bon aperçu des violations des droits de l'homme commises par
les agents de la DDS et ordonnées par sa direction et Habré. Cette
analyse offre aussi l'opportunité de relier les témoignages de victimes
qui ont survécu et de témoins oculaires collecté ces dernières années
puis de déclencher des discussions sur la responsabilité des principaux
acteurs.
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Est-il probable que cette analyse soit utilisée
dans un procès judiciaire contre Hissène Habré?
Oui. Si Habré est déféré en justice, il est probable
que cette analyse soit utilisée entant qu'élément de preuve. Les
plaignants ont joint ce rapport à leur dossier entant qu'élément
de preuve lorsqu'ils ont signalé l'affaire à un juge sénégalais
en 2008. Notre analyse adresse en effet le sujet de responsabilité
du supérieur hiérarchique pour des violations de droits de l'homme
en reposant sur des documents créés par la DDS elle-même. L'analyse
statistique de HRDAG appréhende des éléments clés des accusations
contre Habré.
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Est-ce que HRDAG donne des estimations concernant
le nombre total de personnes tuées dans les prisons par la DDS -
les forces de l'ordre d'Hissène Habré?
Non. Vu la nature et la somme d'informations retrouvés
nous sommes incapables de conclure a une inférence statistique formelle
par rapport à la magnitude totale estimée d'homicides commis par
la DDS - sans parler du total d'homicides survenus entre 1982 et
1990 qui sont imputables a Habré. Pour être dans la mesure de procéder
à de telles estimations nous devrions être en possession de tous
les documents administratifs émis par la DDS et le Président ou,
au moins, avoir accès à de multiples sources documentant les décès
attribuables à l'Etat. Ou alors, des chercheurs devraient conduire
une enquête rétrospective sur la mortalité durant le régime en interrogeant
les familles des victimes.
Ceci dit, l'analyse que nous avons conduite a base
des documents qui ont été retrouvés nous permet de conclure a l'existence
d'une routine de communications ainsi que de communications ad hoc
puis au fait que tant Habré que la direction de la DDS étaient informé
des violations des droits de l'homme pratiquées par la DSS. De ce
fait les allégations de la part de Habré qui prétend ne jamais avoir
été au courant des pratiques illicites de la DDS peuvent être mises
en question.
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Faites vous des constatations juridiques
concernant la responsabilité du supérieur au sein de la DDS durant
le régime Habré?
Non. Nous ne faisons point de constats juridiques -
il ne s'agit ni d'une opinion ni d'une analyse juridique. Cependant
il est vrai que notre analyse des communications quantitatives au
sein de la DDS et entre cette dernière et l'ancien Président a été
guidée par les critères énoncés par la doctrine internationale de
la responsabilité du supérieur.
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Quelle est la nature de la relation entre HRDAG
puis Human Rights Watch (HRW) et d'autres ONGs impliquées dans l'affaire
Hissène Habré?
HRDAG est une organisation scientifique indépendante.
Elle analyse des données empiriques concernant des violations de
droits de l'homme à grande-échelle. Les chercheurs de HRDAG utilisent
des méthodes statistiques défendables en vue de produire des conclusions
sur la commission de crimes contre l'humanité. Le partenariat de
HRDAG avec Human Rights Watch consiste en particulier du soutien
que HRDAG apporte à Human Rights Watch et ses partenaires en leur
fournissant une expertise scientifique capable d'analyser les informations
disponibles constatant les violations de droits de l'homme commises
sous la présidence de Habré. HRDAG ne s'implique cependant pas dans
des travaux d'intercession ou de nature juridique. La contribution
de HRDAG dans le présent projet était exclusivement focalisée sur
la mise en contexte des questions de principes dans le domaine des
droits de l'homme avec les données disponibles qui ont été soumises
à un examen par une méthode scientifique.
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Quelles sont les démarches suivantes dans l'affaire
Habré
Le procureur est supposé de considérer les plaintes
communiquées en Septembre 2008 et de décider s'il défère l'affaire
au Parquet pour qu'une enquête formelle puisse être engagée de la
part du tribunal. Le Sénégal a cependant énoncé ne pas vouloir s'engager
dans le procès tant que les moyens financiers nécessaires pour couvrir
les frais d'un tel n'auront pas été mis à sa disposition par la
communauté internationale. L'Union Européenne et l'Union Africaine
vont prochainement s'engager dans des négociations budgétaires avec
le Sénégal afin de convenir à une solution praticable.
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Où puis-je trouver plus d'informations sur le
travail statistique de HRDAG concernant des violations de droits
de l'homme?
Le groupe Benetech Human Rights Data Analysis développe
des logiciels pour des bases de données, des méthodes de collections
de données puis des techniques stratégiques en vue d'analyser l'étendu
et la nature de violations de droits de l'homme à grande échelle.
Basé à Palo Alto en Californie, HRDAG a travaillé avec 9 commissions
de vérité, des tribunaux pénaux internationaux et de nombreuses
ONGs des quatre coins du monde. HRDAG englobe de la technique informatique
et des méthodes scientifiques aptes de créer un récit historique
soigneux sur des conflits aujourd'hui terminés. HRDAG est aussi
en mesure de fournir des éléments de preuve qui peuvent contribuer
à ce que des malfaiteurs puissent être tenus coupable par la justice.
Plus d’informations sur HRDAG peuvent être trouves au
lien suivant: http://hrdag.org/.
Pour encore plus d’informations veuillez contacter
la Directrice de Communication du Groupe Benetech Ann Harrison,
ann.h@benetech.org.
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