Hissène Habré, l’ancien Président
du Tchad
Les victimes présumées de Hissène Habré luttent
pour que justice soit faite
“La Piscine,” la prison de Hissène
Habré la plus malfamée qui était dirigée par la
Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS). Elle
se situe dans la même rue que le Palais Présidentiel à N’Djamena,
capitale du Tchad.
Hissène Habré fût le Président de l’ancienne
colonie française du Tchad de 1982 à 1990. De nombreuses allégations
crédibles de torture systématique et de crimes contre l’humanité ont été faites
contre la Direction de Documentation et de Sécurité (DDS), les
forces de l’ordre responsables pour la persécution d’adversaires
du régime Habré qui étaient aussi responsables pour l’administration
de nombreuses prisons durant ce régime.
“La Piscine” est une ancienne piscine qui a été couverte
par un toit en béton. Il est allégué qu’il s’agissait
là d’une des prisons de la DDS dans laquelle de nombreux prisonniers
ont été torturés. Les prisonniers ont été emprisonnés
dans des cellules humides puis des témoins affirment qu’ils ont été maltraités
puis qu’on les laissait mourir de faim.
Un message d’un prisonnier inscrit sur le mur de sa
cellule dans “ La Piscine ” : l’Homme
est né pour la mort et la souffrance (Photo – par la générosité de
Zakaria Fadoul)
Apres avoir été démonté par un Coup d’Etat
en 1990, Habré s’est déplacé au Sénégal
pour y vivre en exile. Il prétend ne pas avoir été au
courant des violations des droits des l’homme commises par la DDS. Les
victimes présumées de Habré, Human Righst Watch et une
coalition d’autres ONGs ont cependant commencé de rechercher des
informations en vue de déférer l’affaire Habré en
justice.
Les requérants tchadiens ont témoigné contre Habré à Dakar
au Sénégal en Janvier 2000. Jacqueline Moudeina, présidente
de l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des
Droits de l’Homme qui est aussi l’une des avocates des victimes
du régime Habré a énoncé que ce dernier “ dirigeait
et contrôlait les forces de police qui ont torturé ceux qui l’opposaient ou
qui, tout simplement, appartenaient a la mauvaise ethnicité.”
Un prisonnier de la DDS qui a été libéré après
la chute de Habré en 1990. (Photo – par la générosité de
Zakaria Fadoul)
A Dakar, en Février 2000, le Juge sénégalais Demba Kandji
accusa Habré de crimes contre l’humanité. Il fût
alors placé sous arrestation domiciliaire.
Les requérants tchadiens, leurs supporters et leurs
avocats au tribunal de Dakar après avoir témoignés contre
Habré en Janvier 2000. Hissène Habré a été accusé 10
jours plus tard. De gauche a droite : Sidiki Kaba, Boukounta Diallo,
Reed Brody (HRW), Sabadet Totodet (AVCRP), Souleymane Guengueng, Pascal
Kambalé(HRW),
Alioune Tine, Delphine Djiraibe, Dobian Assingar (Ligue tchadienne pour
les Droits de l’Homme).
Représentants des groupes de droits de l’homme
qui ont cherché à ce que Habré soit accusé en
justice puis, une fois que l’accusation avait eu lieu, ont donne une
conférence de presse en Janvier 2000. De gauche a droite: Delphine
Djiraibe, Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des
Droits de l’Homme; Boukounta Diallo, avocat de certaines victimes; Alioune
Tine, RADDHO; Reed Brody, HRW; André Barthelemy, Act Tigether for Human
Rights; William Bourdon, FIDH; Sidiki Kaba, Organisation pour les Droits
de l’Homme (Photo – par la générosité de
RADDHO)
L’ancien Président tchadien Hissène Habré quitte
le tribunal à Dakar après avoir été accusé pour
crimes contre l’humanité par le Juge sénégalais
Demba Kandji le 3 Février 2000. (Photo – par la générosité de
Doudou Sall)
En dépit de son accusation en justice, Habré n’a pas
encore été tenu coupables car l’affaire a du être
déclarée irrecevable en raison d’une formalité.
Les victimes et leurs supporters ont cependant continué de rechercher
et de collecter des preuves pour des violations de droits de l’homme
conduites pendant le régime Habré. En 2001, des dizaines de milliers
de documents de la DDS ont été retrouvés par Human Rights
Watch dans l’ancien quartier général abandonné de
la DDS à N’Djamena, la capitale tchadienne. Les documents contiennent
des rapports détaillés sur des interrogatoires, des transferts
et des décès de prisonniers ainsi que des informations concernant
des opérations internes de la DDS. Dans leur totalité ces documents
fournissent une preuve potentielle que Habré avait le contrôle
sur la DDS et était tout affait au courant des abus commis par cette
dernière. Le Groupe Benetech d'Analyse des Données de Droits
de l’Homme (GADDH) a commencé de collaborer avec Human Rights
Watch en vue d’analyser des milliers de ces documents en question.
Reed Brody de Human Rights Watch (HRW) découvre des
documents des forces de l’ordre de Hissène Habré, la Direction
de Documentation et de Sécurité (DDS), dans leur quartier général
abandonné à N'Djamena au Tchad.
Belgian Prosecutor Philippe Meire and Judge Daniel Fransen in front of the N'Djamena courthouse.
Après que l’affaire Habré ait été déclarée
irrecevable au Sénégal, les victimes ont accusé l’ancien
dictateur en Belgique. En Mars 2002 une équipe de juges belges a conduit
une enquête au Tchad durant deux semaines.
En Novembre 2003 les membres de l’équipe de GADDH Miguel Cruz,
Kristen Cibelli et Jana Dudukovic ont conduit une analyse préliminaire
des documents disponibles émis au sein de la DDS et produits par “ l'Association
des victimes des crimes et répressions politiques au Tchad ” (AVCRP).
Leur rapport intitulé “Analyse
Statistique Préliminaire de documents AVCRP & DDS – Un compte-rendu à Human
Rights Watch sur le Tchad sous la présidence de Hissène Habrémontre
que le risque de décès dans les prisons de la DDS était
16 fois plus élevé que le risque de décès au Tchad
en général. Cette analyse se fonde tant sur les documents propres à la
DDS que sur des témoignages de victimes qui ont survécu. Le rapport
a été transmis à un juge Belge en vue de soutenir sa seconde
accusation de Habré.
Ancien prisonnier de la DDS Souleymane Guengueng, co-fondateur
de AVCRP, avec des dossiers concernant 792 victimes. (Photo - Reed Brody)
Des tchadiens qui protestent a N’Djamena le 13 Novembre
2005. Ils demandent l’extradition de Hissène Habré du
Sénégal. (© Stéphanie Hancock)
Début Juillet 2005, les membres du GADDH Romesh Silva et Scott Weikart
ont contribué une analyse statistique au second rapport de Human Rights
Watch intitulé “Tchad:
Les victimes de Hissène Habré attendent toujours que justice
soit faite”. Dans ce rapport le GADDH présente une analyse
statistique descriptive du schéma de détention et de la mortalité en
détention dans les prisons entretenues par la DDS qui ont été documentées
dans des rapports officiels de la DDS. Le 27 Septembre 2005 un juge Belge a émis
un mandat d’arrêt international, accusant Hissène Habré des
atrocités commises pendant son régime de 1982-1990. Les veuves
et veufs de ceux qui ont été tués par la DDS ont rejoint
d’autres tchadiens à N’Djamena pour demander l’extradition
de Habré pour qu’il puisse être poursuivi en justice en
Belgique.
Veuves et veufs qui protestent dans la capitale tchadienne
N’Djamena le 13 Novembre 2005. Ils demandent l’extradition de
Hissène Habré du Sénégal pour qu’il puisse être
poursuivi en justice en Belgique. (© Madjiasra Nako/IRIN)
L’analyse menée par le GADDH supporte les accusations faites
contre Habré et des présomptions préalables selon lesquelles
il aurait continuellement été au courant des abus menés
par la DDS. Les chercheurs du GADDH ont trouvés qu’un total de
12.321 victimes a été mentionné dans les documents retrouvés – elles
ont été mentionnées 39.981 fois dans 1.941 documents différents.
En outre, l’analyse démontre que Habré a reçu 1.265
communications lui étant directement adressées de la part de
la DDS et concernant l’état de 989 détenus dans les prisons
de la DDS.
Des listes journalières concernant les personnes emprisonnées,
leurs interrogatoires, des comptes-rendus et des certificats de décès
ont été retrouvés dispersés sur le sol du quartier
général abandonné de la DDS.
La base de données et le travail de GADDH a aussi contribué au
recueil de preuves contre 41 anciens agents de haut rang de la DDS. En août
2005 le Premier Ministre tchadien a répondu à ce rapport en énonçant
que tous les agents en service qui avaient été employés
par la DDS préalablement seraient démis de leurs fonctions. Le
gouvernement tchadien a aussi annoncé ses intentions de compenser les
victimes du régime qui ont survécu et de faire construire un
monument en commémoration des victimes de persécution politique
sous la dictature de Habré.
Le procès de Mahamat Wakaye, le Directeur adjoint
de Habré responsable pour la Sécurité Nationale. Il avait été accusé de
la tentative d’homicide de Jacqueline Moudeïna, avocate de certaines
victimes du régime Habré. De gauche à droite: Maître
Moudeïna et ses avocats William Bourdon et Jean-Bernard Padaré (Photo
- Reed Brody)
Les prisonniers ont compté les jours de leur détention
sur les murs de leur cellule dans la prison “ La Piscine ”.
(Photo - Reed Brody)
A base des preuves contre lui, Habré a été arrêté par
les autorités sénégalaises le 15 Novembre 2005. Toutefois,
selon la loi sénégalaise, le Sénégal n’avait
pas la juridiction de statuer sur l’extradition d’un ancien Chef
d’Etat. A la demande de l’Union Africaine, le Sénégal
a cependant donné son accord de poursuivre Habré en justice devant
une de ses propres courts.
Hissène Habré après avoir été entendu
par la Cour d’Appel de Dakar, Sénégal le 15 Novembre 2005. © 2005
Private
En Février 2010 le GADDH publia une nouvelle étude selon laquelle
Habré était bien informé des centaines de morts survenues
dans les prisons entretenues par la DDS. Le rapport en question (Violations
de droits de l’homme par l’Etat tchadien sous le régime
de Hissène Habré - Analyse statistique de la responsabilité de
Hissène Habré en tant que supérieur hiérarchique
et preuves de violations de droits de l’homme au Tchad, 1982-1990)
est basé sur des milliers de documents émis par la DDS elle-même.
L’analyse du flux de documents au sein de la DDS se réfère à plus
de 2.700 documents administratifs qui, dans leur ensemble, donnent un bon aperçu
de la communication et de la direction de Habré sur ses forces de l’ordre.
Les résultats de l’analyse fournissent la preuve que des violations
de droits de l’homme à grande échelle ont été conduites
au sein des prisons de la DDS et qu’aussi bien le Directeur de la DDS
que Habré même étaient informés des opérations
conduites par la DDS.
La figure ci-dessous illustre une différence entre la correspondance
retrouvée concernant la communication entre la DDS et Habré et
la communication entre le Ministère de l’Intérieur et l’ancien
Président.
Flux de documents à la destination de Habré entre
1982 et 1990 qui ont été retrouvés et encodés.
Les flèches foncées indiquent la correspondance directe – les
flèches plus claires indiquent les destinataires qui ont reçu
une copie de la correspondance en question.
Toute communication en provenance du Ministère de l’Intérieur
et à la destination de Habré était signalée par
photocopie à la DDS et au Ministre lui-même. En revanche,
qu’un petit pourcentage (6%, 24/384 documents) de la communication qui
a été découverte en provenance de la DDS et destinée
au Président était envoyée en copie au Directeur de la
DDS. Ce schéma de communication suggère que la DDS n’était
pas soumise au même protocole officiel de communication que d’autres
institutions officielles comme le Ministère de l’Intérieur,
mais faisait plutôt partie d’un procès de communication
plus directe et plus proche du bureau du Président.
Une commission tchadienne de vérité a exhumé 150
corps d’un charnier. Ambing, près de N'Djamena in 1992. (Photo
- Commission d'Enquête)
Soumis au Procureur sénégalais en 2008, l’étude
du GADDH confirme des rapports préalables de maltraitances de prisonniers
et d’un taux de mortalité élevé au sein des prisons
de la DDS. Les prisons de la DDS étaient surpeuplées et pleines
de maladies, conduisant à un taux de mortalité extrêmement élevé – en
effet le taux de mortalité journalier était de 0.5%
- 2% de la population carcérale entière. Au sommet de ce calcul,
1 prisonnier sur 55 mourait tous les jours.
La figure ci-dessous illustre la moyenne du taux de mortalité brut
par trimestre calculés à base des comptes-rendus journaliers émis
par la DDS et des certificats de décès retrouvés. Le
taux de mortalité carcérale journalière variait
de 30 pour 1.000 à 87 pour 1.000 prisonniers. Ce taux est remarquablement élevé par
rapport au taux de mortalité général de la population
tchadienne dans les années 1970 et 1990 – ce dernier étant
de 25 pour 1.000 par an. En 1986 le taux de mortalité carcérale
moyen est a son sommet – il est alors plus de 50 fois plus élevé que
le taux de mortalité général habituel. Ce résultat
est d’autant plus remarquable que la plupart des prisonniers étaient
des hommes adultes chez lesquels, habituellement, on observe un taux de mortalité se
situant au dessous de la moyenne de la population entière.
The daily crude mortality rates for DDS prisoners between
1984 and 1988, averaged by quarter (with a median of 3.46 per 1,000 and a
maximum of 18.42 per 1,000), were substantially higher than the normal crude
mortality rate among the entire Chadian population.
Le taux de mortalité journalier pour les prisons de la DDS entre 1984
et 1988 se situait, par trimestre (avec une moyenne de 3.46 pour 1.000 à un
maximum de 18.42 pour 1.000), considérablement au dessus du taux de
mortalité brut habituel pour la population tchadienne entière.
Souleymane Guengueng a faillit mourir de la fièvre
de Dengue qu’il a eu pendant ses deux ans de prisons – période
durant laquelle il était soumis à de nombreuses maltraitances ;
il est là avec Ismaël Hachim a l’extérieur du bureau
d’AVCRP. (Photo - Reed Brody)
Le rapport du GADDH a été publie le jour du 10ème anniversaire
de la première accusation de Habré par un juge sénégalais
le 3 Février 2000. L’étude en question pourrait s'avérer
cruciale dans les poursuites, toujours retardées, contre Habré.
Au nom de ceux qui ont souffert durant le régime Habré, l’ACVRP
et ses supporters continuent de lutter pour que Habré soit tenu responsable
par la justice.
Le comité de l’AVCRP. En haut de gauche à droite:
Gabin Komandje, Jean Noyoma, Olivier Bercault (HRW), Clement Abaifouta, Sabadet
Totodet, Dionko Maoundé (consultant); ligne du bas de gauche à droite:
Souleymane Guengueng, Reed Brody (HRW), Taher Tom Hassan, Sidiki Kaba (FIDH)
(Photo - Pierre Hazan)
Le Sénégal a d’ailleurs signalé son intention
d’inculper Hissène Habré une fois que les coûts du
procès auront été financés par des moyens internationaux.
L’Union Européenne, la Belgique, la France et les Pays-Bas à titre
individuel, ainsi que la Suisse ont convenu d’apporter leur soutien financier.
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